{"id":170,"date":"2023-05-12T16:20:31","date_gmt":"2023-05-12T14:20:31","guid":{"rendered":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/?p=170"},"modified":"2023-05-12T18:01:42","modified_gmt":"2023-05-12T16:01:42","slug":"les-paradoxes-du-rumen-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/les-paradoxes-du-rumen-entretien\/","title":{"rendered":"Les paradoxes du rumen (entretien)"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">par Camille Paulhan<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">possible \u2022 revue critique d\u2019art contemporain \u2022 n\u00b0 2<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019origine, il y a une discussion avec Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza, au cours de laquelle nous \u00e9voquons, p\u00eale-m\u00eale, la sonorit\u00e9 de la mastication, le p\u00e9lican qui \u2013 selon la l\u00e9gende \u2013 s\u2019arrache les chairs pour nourrir ses enfants, les glandes sudoripares qui excr\u00e8tent de l\u00e9g\u00e8res traces par les dermatoglyphes. Ces r\u00e9cits, qui t\u00e9moignent d\u2019une vision transfrontali\u00e8re du corps, parcourent plusieurs oeuvres de l\u2019artiste, et notamment la s\u00e9rie intitul\u00e9e cartographies, entam\u00e9e en 2008, et pour laquelle elle a travaill\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019ouvrage d\u2019Henri Michaux Ecuador (1928). C\u2019est autour de ces questions que j\u2019ai souhait\u00e9 l\u2019interroger, en prenant appui sur les cartographies et sur des projets en cours et peut-\u00eatre encore \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si tu le veux bien, Estefan\u00eda, je souhaitais pour cet entretien que nous prenions pour point de d\u00e9part la r\u00e9sidence Saint-Ange, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Grenoble, o\u00f9 tu as \u00e9t\u00e9 accueillie de septembre \u00e0 novembre 2016. Je connais d\u00e9sormais ton travail depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s intrigu\u00e9e par ce que tu as commenc\u00e9 \u00e0 mettre en place pendant ce temps de recherche, puisque tu t\u2019es pench\u00e9e sur une forme de digestion et de r\u00e9gurgitation d\u2019un r\u00e9cit d\u2019Henri Michaux que tu connais bien, Ecuador.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu\u2019il faut revenir au projet que j\u2019ai initi\u00e9 il y a maintenant dix ans, sous le titre de cartographies, dans lequel je me r\u00e9approprie le texte de Michaux. Quand j\u2019ai lu Ecuador en entier, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e en France ; j\u2019ai commenc\u00e9 le projet \u00e0 29 ans, qui est aussi l\u2019\u00e2ge qu\u2019avait Michaux quand il est parti en Am\u00e9rique du Sud. J\u2019\u00e9tais toujours en train d\u2019apprendre la langue fran\u00e7aise et cet ouvrage a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans cet apprentissage : j\u2019en avais lu des passages en espagnol quand j\u2019\u00e9tais en \u00c9quateur, o\u00f9 le livre n\u2019est pas n\u00e9cessairement tr\u00e8s aim\u00e9, avant de me rendre compte que la traduction \u00e9tait plut\u00f4t mauvaise, et que j\u2019avais une chance immense de pouvoir comprendre le texte dans la langue dans laquelle Michaux l\u2019a \u00e9crit. Ecuador m\u2019a permis de voir mon propre pays avec une certaine distance, et j\u2019ai souhait\u00e9 engager un dialogue avec ce r\u00e9cit, celui d\u2019un po\u00e8te, d\u2019un \u00e9crivain, d\u2019un artiste et surtout pas d\u2019un anthropologue. L\u2019\u00c9quateur a commenc\u00e9 \u00e0 devenir conjointement \u00e9tranger et \u00e9trange pour moi. C\u2019est comme cela qu\u2019a d\u00e9but\u00e9 la premi\u00e8re cartographie en 2008, une vid\u00e9o intitul\u00e9e sans titre (paysage) : un geste de ma main \u00e9crit une phrase de Michaux, \u00ab l\u2019horizon d\u2019abord dispara\u00eet \u00bb, pour mieux l\u2019absorber depuis la pointe de la plume. Ensuite il y a eu pr\u00e9face \u00e0 une cartographie d\u2019un pays imagin\u00e9 (2008) : il s\u2019agit d\u2019une vid\u00e9o qui dure une heure et demie, pendant laquelle j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 l\u2019envers un chapitre dans lequel Michaux d\u00e9crit son arriv\u00e9e \u00e0 Quito, ma ville d\u2019origine. Lorsque je retourne la vid\u00e9o afin de la passer \u00e0 l\u2019envers, les mots sont r\u00e9sorb\u00e9s par le geste de ma main ; en les enlevant de la feuille, c\u2019est un peu vers moi qu\u2019ils passent.<br><br>C\u2019est ainsi qu\u2019est arriv\u00e9e cartographies 1. la crise de la dimension (2010), oeuvre dans laquelle mon corps devient de plus en plus pr\u00e9sent : mes doigts charg\u00e9s d\u2019encre se vident sur une page blanche, retra\u00e7ant le d\u00e9but du chapitre \u00ab La crise de la dimension \u00bb dans Ecuador. Dans le texte de Michaux, le voyage passe par le corps du voyageur : lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s malade pendant son voyage, affect\u00e9 par l\u2019altitude, les drogues qu\u2019il a pu prendre comme l\u2019\u00e9ther par exemple. Et je souhaitais montrer ce v\u00e9hicule qu\u2019est le corps, \u00e0 travers mes doigts abreuv\u00e9s d\u2019encre.<br><br>En 2015, pour cartographies 2. il y souffle un vent terrible, j\u2019ai lu un po\u00e8me de Michaux dans lequel il \u00e9voque justement le souffle qui lui manque dans les hauts plateaux, et je voulais exhaler tous les mots de ce po\u00e8me dans un seul souffle, mat\u00e9rialis\u00e9 par la fum\u00e9e de la cigarette dans la vid\u00e9o. Je voulais retenir le plus d\u2019air possible pour pouvoir d\u00e9clamer le plus de mots possible. Toutefois, j\u2019ai tellement fum\u00e9 pour pr\u00e9parer cette vid\u00e9o que j\u2019en avais la naus\u00e9e. L\u2019acte \u00e9tait \u00e9prouvant et j\u2019ai eu l\u2019impression que le texte inhal\u00e9 passait n\u00e9cessairement par mon corps, d\u2019une autre fa\u00e7on que pr\u00e9c\u00e9demment. C\u2019\u00e9tait comme si j\u2019avais dig\u00e9r\u00e9 le texte et que maintenant il voulait sortir de moi, transform\u00e9, telle une r\u00e9gurgitation.<br>\u00c0 partir de cette exp\u00e9rience, j\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 ces notions d\u2019ingurgitation et de r\u00e9gurgitation dans la s\u00e9rie cartographies. D\u00e9j\u00e0, en 2015, j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 une conf\u00e9rence-performance pour le symposium \u00ab Au del\u00e0 de l\u2019Effet Magiciens \u00bb o\u00f9 j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 explorer les figures de la mastication, de la digestion et du vomissement dans un dialogue fictif avec Michaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lors d\u2019une de nos premi\u00e8res rencontres, tu m\u2019avais expliqu\u00e9 que lorsque tu \u00e9tais arriv\u00e9e en France, tu avais beaucoup lu : Ecuador, bien s\u00fbr, mais d\u2019abord Le livre de la pauvret\u00e9 et de la mort de Rainer Maria Rilke, ouvrages que tu as annot\u00e9s, d\u00e9cortiqu\u00e9s, dont tu as extrait des phrases, des citations. Je me souviens que beaucoup de titres que tu donnes sont des extraits de ces livres marquants : \u00ab Il y souffle un vent terrible \u00bb, \u00ab Et pourtant, une fois, tu me feras parler \u00bb, \u00ab La crise de la dimension \u00bb, \u00ab Une veine de m\u00e9tal pur \u00bb, etc. Comment est venue cette id\u00e9e d\u2019absorber ces \u00e9crits ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vraiment appris le fran\u00e7ais en lisant, et apprendre une langue nouvelle fait voir le monde d\u2019une mani\u00e8re tout autre. On ajoute un sens diff\u00e9rent aux choses, c\u2019est une grande beaut\u00e9 de lire dans une langue qui auparavant nous \u00e9tait inconnue. Le livre de la pauvret\u00e9 et de la mort \u2013 traduit par Arthur Adamov \u2013 est le premier livre que j\u2019ai pu lire en entier, et Michaux est arriv\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s. Je voulais mieux comprendre ce texte, comprendre Michaux \u00e9tranger dans un pays loin du sien comme moi ici. Je voulais entrer dans les mots, dans les phrases, et le projet cartographies s\u2019est lanc\u00e9 comme une esp\u00e8ce d\u2019exp\u00e9dition, d\u2019exploration de ce texte. Je parcourais ce livre, cette exp\u00e9rience sur l\u2019\u00c9quateur en t\u00e2tonnant, en r\u00e9agissant \u00e0 ce que provoque chez moi la po\u00e9sie de Michaux, \u00e0 travers un chapitre, une phrase ou parfois quelques mots.<br>Par rapport aux titres de mes projets ou mes oeuvres, je dirais plut\u00f4t que je fais appel \u00e0 la litt\u00e9rature. Il m\u2019arrive de mettre une id\u00e9e ou une oeuvre en train de se construire face \u00e0 la force \u00e9vocatrice des mots, en relisant ou en parcourant quelque fois au hasard les livres qui m\u2019accompagnent.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"margin-top:0px;margin-right:0px;margin-bottom:0px;margin-left:0px\"><strong>Je n\u2019oublie pas que le manifeste anthropophage de Oswald de Andrade (1928) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant dans ton parcours, en cela qu\u2019il y est question de l\u2019ingurgitation comme appropriation culturelle, en renversant la figure du \u00ab sauvage cannibale \u00bb et en revendiquant la d\u00e9voration comme une absorption positive, une appropriation de l\u2019ennemi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit en effet d\u2019un texte tr\u00e8s connu en Am\u00e9rique du Sud, que j\u2019avais lu il y a longtemps et qui resurgit aujourd\u2019hui \u00e0 la faveur des \u00e9tudes post-coloniales. Pour ma part, je ne m\u2019inscris pas forc\u00e9ment dans ce type de recherches, et ce n\u2019est pas le moteur de mon travail m\u00eame si cette pens\u00e9e a pu m\u2019influencer. Je cherche plut\u00f4t \u00e0 m\u2019interroger sur la valeur r\u00e9ellement universelle de certains textes, dont Ecuador, dans la fa\u00e7on dont Michaux \u00e9voque par exemple l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et l\u2019exotisme. Et je crois vraiment que me concernant, pour les textes, l\u2019appropriation passe d\u2019abord par le corps puisque j\u2019ai besoin de les dig\u00e9rer.<br>La digestion est d\u2019ailleurs pr\u00e9sente dans mon travail depuis plusieurs ann\u00e9es, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attend pas comme dans mon projet compte \u00e0 rebours (2005-2013), dans lequel j\u2019apprends \u00e0 lire les diff\u00e9rentes constitutions \u00e9quatoriennes \u00e0 l\u2019envers : lorsque les images sont repass\u00e9es \u00e0 l\u2019endroit, les mots paraissent syst\u00e9matiquement aval\u00e9s.<br><br>Dans ces diff\u00e9rents projets, il n\u2019est plus seulement question d\u2019absorber, mais bien de transformer quelque chose. Des figures autour de l\u2019ingestion et de la digestion sont apparues naturellement. J\u2019avais pu pr\u00e9c\u00e9demment prendre du peyotl, et je comprends ce qu\u2019\u00e9crit Michaux sur l\u2019id\u00e9e du voyage, car au cours du rituel la plante travaille en toi, et nettoie l\u2019int\u00e9rieur de ton corps au point que la plupart des fois, tu vomis. On en sort n\u00e9cessairement transform\u00e9, psychologiquement comme corporellement. Lorsque j\u2019avais 17 ans, j\u2019ai \u00e9galement fait une exp\u00e9rience assez extraordinaire : j\u2019ai accompagn\u00e9 ma m\u00e8re \u2013 qui est sociologue \u2013 pour un travail qu\u2019elle menait avec les Indiens Shuar, dans la for\u00eat amazonienne. Les femmes pr\u00e9parent une boisson, la chicha, avec la racine de manioc qu\u2019elles m\u00e2chent et qu\u2019elles recrachent, et qui fermente de par leurs mastications successives. Ici, il s\u2019agit de quelque chose qui sort de la bouche apr\u00e8s un exercice de mastication et pas de r\u00e9gurgitation. Ce processus m\u2019attire \u00e9galement en tant que m\u00e9taphore de transformation. La mastication fait partie de la digestion, cela alt\u00e8re imm\u00e9diatement ce qui est aval\u00e9. Ma m\u00e8re m\u2019a demand\u00e9 de ne pas refuser ce qu\u2019on me tendait, et j\u2019ai bu la chicha ; ce qui \u00e9tait difficile, c\u2019est que le m\u00e9lange \u2013 dont je connaissais la composition \u2013 \u00e9tait ti\u00e8de. Et la dimension corporelle devenait \u00e9vidente, imm\u00e9diate.<br><br>En espagnol, on parle de \u00ab devolver \u00bb pour vomir, comme on dit \u00ab rendre \u00bb en fran\u00e7ais, et j\u2019aimais cette id\u00e9e que l\u2019absorption am\u00e8ne aussi au fait de rendre ce qu\u2019on a ingurgit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant de r\u00e9gurgiter le texte de Michaux dans un projet tr\u00e8s r\u00e9cent, tu t\u2019\u00e9tais demand\u00e9 comment faire pour t\u2019approprier pleinement Ecuador, aussi parce que tu r\u00e9ponds \u00e0 une adresse au lecteur que le po\u00e8te a formul\u00e9e dans son ouvrage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un passage o\u00f9 Michaux \u00e9crit : \u00ab Je compte sur toi, lecteur, sur toi qui vas me lire, quelque jour, sur toi lectrice. Ne me laisse pas seul avec les morts comme un soldat sur le front qui ne re\u00e7oit pas les lettres. Choisis-moi, parmi eux, pour ma grande anxi\u00e9t\u00e9 et mon grand d\u00e9sir. Parle-moi alors, je t\u2019en prie, j\u2019y compte. \u00bb1 J\u2019ai pris conscience que j\u2019\u00e9tais en train de prendre sa proposition au s\u00e9rieux, apr\u00e8s des ann\u00e9es de travail. Non seulement je le lis, mais j\u2019incorpore ses \u00e9crits, dans le sens le plus litt\u00e9ral du terme, \u00ab faire entrer dans un corps \u00bb. Il y a eu cette s\u00e9rie de photographies en noir et blanc rassembl\u00e9es sous le titre cartographies 3. un nom est un objet \u00e0 d\u00e9tacher (2016) o\u00f9 l\u2019on voit ma main droite successivement noircie par un texte imprim\u00e9 que l\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 saisir dans sa globalit\u00e9, mais dont on distingue seulement quelques mots. J\u2019ai lu avec les doigts, comme dans cartographies 1. la crise de la dimension, et ceux-ci, au lieu de d\u00e9gorger les mots, s\u2019impr\u00e8gnent au fur et \u00e0 mesure du texte.<br>Apr\u00e8s cela, j\u2019ai voulu r\u00e9ellement avaler les mots. Je me suis int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 un nouveau chapitre d\u2019Ecuador, pour un diptyque vid\u00e9o intitul\u00e9 cartographies 4. naus\u00e9e (2016). Michaux \u00e9voque le haut-le-coeur qui le saisit \u00e0 travers un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab Naus\u00e9e, ou c\u2019est la mort qui vient \u00bb, et j\u2019ai souhait\u00e9 non seulement m\u2019imbiber de ces mots, mais les avaler et les r\u00e9gurgiter. Pour cela, j\u2019ai imprim\u00e9 le texte sur des feuilles comestibles, que j\u2019ingurgite avant de diffuser la vid\u00e9o \u00e0 l\u2019envers, tout en conservant le son de la mastication. Je t\u00e2che de contr\u00f4ler le plus possible mes gestes en pensant \u00e0 la vid\u00e9o une fois qu\u2019elle sera repass\u00e9e \u00e0 l\u2019envers, mais je ne peux pas tout ma\u00eetriser. Je d\u00e9sirais manger lentement, prendre le temps car le texte est d\u00e9j\u00e0 suffisamment violent et je voulais d\u2019abord montrer quelque chose qui sort de moi. Dans ma relation \u00e0 ce livre, je sens que je me l\u2019approprie de plus en plus, qu\u2019il m\u2019alimente et qu\u2019il en ressort transform\u00e9. D\u2019ailleurs, l\u2019encre noire demeure sur les l\u00e8vres apr\u00e8s qu\u2019on a mang\u00e9 le papier imprim\u00e9, qui lui-m\u00eame adh\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bouche. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 une s\u00e9rie de photographies (cartographies 5. pain destin\u00e9 au voyageur, 2016), cette fois-ci en couleur, \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience de l\u2019adh\u00e9sion, o\u00f9 j\u2019arrache de mes l\u00e8vres un nouvel extrait d\u2019Ecuador.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je me souviens que lorsque nous avions \u00e9voqu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois tes projets en cours, je t\u2019avais parl\u00e9 de recherches que je menais sur les artistes mastiqueurs, en particulier sur le travail de Wolf Vostell qui a imagin\u00e9 en 1970 un happening dans lequel le chewing-gum est pens\u00e9 comme le v\u00e9hicule d\u2019une prise de conscience historique et politique de la Seconde Guerre mondiale (T.E.K. Le chewing-gum thermo-\u00e9lectrique, 1970). Je souhaiterais t\u2019entendre sur cette question plus actuelle de ce que peut sous-entendre le fait d\u2019ingurgiter, de mastiquer, de dig\u00e9rer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons fait allusion \u00e0 la notion de \u00ab manger l\u2019autre \u00bb notamment par rapport au Manifeste anthropophage de Oswald de Andrade. Or aujourd\u2019hui, dans un sens plus large et contemporain, quelle dimension peut prendre l\u2019id\u00e9e de dig\u00e9rer mais aussi de r\u00e9gurgiter l\u2019autre ? Concernant la mastication, figure-toi qu\u2019il y a quelque temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par une amie \u00e0 intervenir dans le lyc\u00e9e o\u00f9 elle enseigne, pour venir parler de mon travail \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves. Mais, m\u2019a-t-elle pr\u00e9venu, deux probl\u00e8mes allaient n\u00e9cessairement se poser avec les lyc\u00e9ens, tout d\u2019abord parce qu\u2019ils sont constamment sur leurs t\u00e9l\u00e9phones portables et qu\u2019ils consomment des flux d\u2019images auxquels les enseignants n\u2019ont pas acc\u00e8s, ensuite parce qu\u2019ils m\u00e2chent continuellement du chewing-gum, que cela se voit et s\u2019entend. Le chewing-gum donne \u00e0 l\u2019estomac la sensation qu\u2019il va dig\u00e9rer, mais on ne lui donne finalement rien. Ce que je trouve int\u00e9ressant, c\u2019est que ces deux \u00ab probl\u00e8mes \u00bb peuvent para\u00eetre li\u00e9s : la consommation de ces milliers d\u2019images circulant dans les m\u00e9dias et la mastication sans digestion. Il y a peut-\u00eatre l\u00e0 quelque chose que j\u2019aimerais explorer prochainement.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Henri Michaux, Ecuador, dans OEuvres compl\u00e8tes, tome I, Paris, \u00e9d. Gallimard, 1998, p. 179.<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Camille Paulhan possible \u2022 revue critique d\u2019art contemporain \u2022 n\u00b0 2 \u00c0 l\u2019origine, il y a une discussion avec Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza, au cours de laquelle nous \u00e9voquons, p\u00eale-m\u00eale, la sonorit\u00e9 de la mastication, le p\u00e9lican qui \u2013 selon la l\u00e9gende \u2013 s\u2019arrache les chairs pour nourrir ses enfants, les glandes sudoripares qui excr\u00e8tent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-170","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autres-textes"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"es","enabled_languages":["fr","es","en"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"es":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"en":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=170"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":206,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170\/revisions\/206"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=170"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/es\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}