{"id":94,"date":"2023-05-12T12:58:01","date_gmt":"2023-05-12T10:58:01","guid":{"rendered":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/?p=94"},"modified":"2025-04-23T16:36:30","modified_gmt":"2025-04-23T14:36:30","slug":"estefania-penafiel-loaiza-the-doors-of-perception","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/estefania-penafiel-loaiza-the-doors-of-perception\/","title":{"rendered":"Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza: The Doors Of Perception"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">par Agn\u00e8s Violeau, critique d&#8217;art et commissaire ind\u00e9pendante<\/h5>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-style-plain has-normal-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s modernes civilis\u00e9es se d\u00e9finissent par un proc\u00e8s de d\u00e9codage et de d\u00e9territorialisation. Mais, ce qu&#8217;elles d\u00e9territorialisent d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, elles le reterritorialisent de l&#8217;autre.\u00a0\u00bb<br>(Gilles Deleuze &amp; F\u00e9lix Guattari,<em> L&#8217;Anti-\u0152dipe<\/em>, 1973)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;<br>\u00ab Il ne peut y avoir dans le cerveau une r\u00e9gion o\u00f9 les souvenirs se figent et s&#8217;accumulent.&nbsp;\u00bb<br>(Henri Bergson, <em>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/em>, 1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><br>&nbsp;<br>Artiste prot\u00e9iforme, Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza travaille comme une arch\u00e9ologue, mettant \u00ab&nbsp;en \u0153uvre&nbsp;\u00bb litt\u00e9ralement les proc\u00e9d\u00e9s de disparition et de r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019image par le temps. Elle nous parle de la m\u00e9moire, personnelle et collective, et de son refoulement. Avec une vraie simplicit\u00e9 de moyens Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza travaille la repr\u00e9sentation en tant que t\u00e9moignage, trace ou s\u00e9dimentation, mais une trace qui s\u2019efface. Se d\u00e9veloppe alors un travail \u00e0 la lisi\u00e8re entre visible et l\u2019invisible, dicible et indicible, o\u00f9 la main de l\u2019artiste intervient comme un liquide r\u00e9v\u00e9lateur, une perturbation mettant \u00e0 jour ce qui a eu lieu, ou n\u2019est jamais montr\u00e9. L\u2019artiste fait usage de supports souvent pr\u00e9caires, fantomatiques ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res (encre, taches, poussi\u00e8re de gomme atomis\u00e9, papier brul\u00e9, tirages surexpos\u00e9s, oralit\u00e9). Le travail d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza se structure autant par l\u2019accumulation que par l\u2019effacement, deux proc\u00e9d\u00e9s aussi intimement li\u00e9s que la m\u00e9moire et l\u2019oubli.<br><br>Dipl\u00f4m\u00e9e des Beaux Arts de Paris l\u2019artiste d\u00e9veloppe depuis plusieurs ann\u00e9es une pratique adoptant une constellation de formes&nbsp;: performances, lectures performatives, productivit\u00e9 d\u2019objets (installations, dessins, films). \u00c0 l\u2019image d\u2019un personnage <em>sebaldien<\/em>, elle construit et imagine un monde en permanente qu\u00eate de recommencement. La question du territoire, du sol, d\u2019un horizon latent, fait face \u00e0 celle de l\u2019absence mais aux vestiges jamais f\u00e9tichis\u00e9s. Ainsi, les propositions d\u2019Estefania Penafiel Loaiza forment une belle application des travaux men\u00e9s par Deleuze et Guattari autour du concept de d\u00e9territorialisation.<br><br>Le projet \u00ab&nbsp;compte \u00e0 rebours&nbsp;\u00bb initi\u00e9 en 2005 est un projet illustrant cette notion d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;occupation&nbsp;\u00bb r\u00e9cursive chez l\u2019artiste&nbsp;: occupation d\u2019un lieu, d\u2019un pass\u00e9, d\u2019une histoire, ou d\u2019un ici et maintenant. \u0152uvre <em>in progress<\/em>, le projet \u00ab&nbsp;compte \u00e0 rebours&nbsp;\u00bb a occup\u00e9 quasiment dix ann\u00e9es de la r\u00e9flexion de Penafiel. Tant une performance au sens de l\u2019effort (la dur\u00e9e mais aussi l\u2019apprentissage d\u2019un nouveau savoir faire, ou plut\u00f4t d\u2019un \u00ab&nbsp;savoir dire&nbsp;\u00bb puisque l\u2019artiste lit \u00e0 l\u2019envers les dix-huit constitutions politiques qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9es en Equateur, son pays natal, depuis 1830 jusqu\u2019\u00e0 2005), elle est la mise en acte de la destruction et la reconstruction, ailleurs, d\u2019un discours, de l&#8217;inconstance politique d\u2019un pays. Comme souvent dans son travail elle accumule des petites choses pour une construire une grande. Rien de spectaculaire. Ici, l\u2019artiste lit phon\u00e8me apr\u00e8s phon\u00e8me, \u00e0 l\u2019envers dans le texte, l\u2019ensemble de ces constitutions, en partant de la plus r\u00e9cente pour aller vers la plus ancienne, la premi\u00e8re phrase \u00e9crite en 1830. Ce corpus sonore de syllabes invers\u00e9es, formant une langue nouvelle, \u00e9trang\u00e8re tant qu\u2019\u00e9trange \u00e0 l\u2019\u00e9coute, illustre ce que Walter Benjamin nommait l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;Espace m\u00e9moriel du temps&nbsp;\u00bb. L\u2019\u0153uvre incarne la fable d\u2019un monde \u00ab&nbsp;\u00e9miett\u00e9&nbsp;\u00bb (pour reprendre une formule nietzsch\u00e9enne), en d\u00e9composition. Film\u00e9es puis r\u00e9unies in fine sous la forme d\u2019environ soixante-seize heures de film, \u00e0 dessein, ces lectures sont remises \u00e0 l\u2019endroit restituant ainsi au pays son unit\u00e9, gr\u00e2ce au temps et \u00e0 l\u2019effort. Par le petit geste et l\u2019oralit\u00e9 nue, par un renvoi universel, puissant, et politique (politique au sens de <em>polis<\/em>, l\u2019artiste ayant un r\u00f4le au c\u0153ur de la cit\u00e9), son \u0153uvre engage une r\u00e9flexion profonde sur l\u2019Histoire et sa transmission, la persistance de l\u2019empreinte, celle de la r\u00e9tine et des mots.<br><br>Activant diff\u00e9rents syst\u00e8mes d\u2019apparition, d\u2019aveuglement, de deuil, manque ou de vigilance, Estefania Pe\u00f1afiel Loaiza trouve la station pr\u00e9cise entre le grand D\u00e9sastre que d\u00e9crivait Blanchot et ce que Nietzsche nommait le Ja Sagen ou \u00ab&nbsp;amor fati&nbsp;\u00bb &#8211; le \u00ab&nbsp;dire oui&nbsp;\u00bb, accepter son destin. Elle ouvre, par la po\u00e9sie, l\u2019imaginaire et la r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019oubli, les portes d\u2019un possible paradis perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s Violeau, mai 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Agn\u00e8s Violeau, critique d&#8217;art et commissaire ind\u00e9pendante &nbsp;Artiste prot\u00e9iforme, Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza travaille comme une arch\u00e9ologue, mettant \u00ab&nbsp;en \u0153uvre&nbsp;\u00bb litt\u00e9ralement les proc\u00e9d\u00e9s de disparition et de r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019image par le temps. Elle nous parle de la m\u00e9moire, personnelle et collective, et de son refoulement. 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