{"id":162,"date":"2023-05-12T15:57:59","date_gmt":"2023-05-12T13:57:59","guid":{"rendered":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/?p=162"},"modified":"2025-04-23T10:18:26","modified_gmt":"2025-04-23T08:18:26","slug":"estefania-penafiel-loaiza-politique-et-poetique-de-la-disparition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/estefania-penafiel-loaiza-politique-et-poetique-de-la-disparition\/","title":{"rendered":"Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza: Politique et po\u00e9tique de la disparition"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">par Marc Lenot<\/h5>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-plain has-small-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-cyan-bluish-gray-color has-text-color\"><br>Article publi\u00e9 dans la monographie fragments liminaires : Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza (Les Presses du r\u00e9el, 2015), reproduit ici avec la permission de l\u2019auteur. Le livre peut \u00eatre command\u00e9 aupr\u00e8s de l\u2019\u00e9diteur en suivant <a href=\"https:\/\/www.lespressesdureel.com\/ouvrage.php?id=3927&amp;menu=1\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.lespressesdureel.com\/ouvrage.php?id=3927&amp;menu=1\">ce lien<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><br>J\u2019\u00e9cris ce texte dans une maison que j\u2019habite depuis peu, \u00e0 laquelle je m\u2019acclimate, et dont ma \u00ab pi\u00e8ce \u00e0 \u00e9crire \u00bb est comme un antre, une caverne creus\u00e9e dans la colline l\u2019adossant, un lieu d\u2019o\u00f9 ma vision du monde ext\u00e9rieur ensoleill\u00e9 est un peu celle d\u2019un homme cach\u00e9, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, non un traqueur mais un veilleur. Et, me dis-je, c\u2019est un point de vue assez similaire \u00e0 celui du regardeur dans un air d\u2019accueil <em>[fig. 1]<\/em>, la derni\u00e8re s\u00e9rie d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza, qu\u2019elle a compl\u00e9t\u00e9e lors de sa r\u00e9sidence au Centre photographique d\u2019\u00cele-de-France \u00e0 Pontault-Combault, et qui y ouvrait son exposition \u00ab fragments liminaires \u00bb au printemps 2015. La plupart des images de cette s\u00e9rie semblent en effet avoir \u00e9t\u00e9 prises depuis un trou, depuis le fond d\u2019une grotte, elles sont partiellement ou enti\u00e8rement cercl\u00e9es de noir, et l\u2019image visible du monde y est comme encadr\u00e9e par cette non image sombre. Ce visible lui-m\u00eame, for\u00eat, champ ou prairie, semble d\u2019ailleurs incertain, flou, agit\u00e9, travers\u00e9 par des formes ind\u00e9cises, non identifiables, presque vibrantes, au point que, la premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu une image de cette s\u00e9rie, j\u2019ai d\u2019abord cru \u00e0 une vid\u00e9o, tant ce tremblement optique me troublait. Pour r\u00e9aliser ces images, l\u2019artiste a captur\u00e9 sur Internet des vid\u00e9os mises en ligne (pour la plupart) par des milices de \u00ab <em>vigilantes<\/em> \u00bb nord-am\u00e9ricains qui ont cach\u00e9 des cameras automatiques \u00e0 la fronti\u00e8re avec le Mexique<sup>1<\/sup> pour y rep\u00e9rer les immigrants clandestins fugitifs traversant ce <em>no man\u2019s land<\/em> pour atteindre ce qu\u2019ils croient \u00eatre la Terre promise. L\u2019artiste a ensuite flout\u00e9 la silhouette du migrant, n\u2019en laissant subsister qu\u2019une trace fugace, ombre \u00e0 peine visible d\u2019un spectre humain, flottement d\u2019un \u00eatre fant\u00f4me entre deux mondes, deux vies : ce qui est visible est-il vraiment vu ? Ce qui est montr\u00e9 l\u00e0, est-ce vraiment r\u00e9el ? Ces images sont loin d\u2019\u00eatre neutres: elles procurent un abri aux clandestins, elles les soustraient au bras justicier, elles marquent une position, un discours, un lieu et une histoire. Comme dans tout son travail, il est question ici de visibilit\u00e9 et d\u2019absence, d\u2019histoire et de m\u00e9moire, de d\u00e9placement et de territoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"686\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1-1024x686.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-186\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1-1024x686.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1-300x201.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1-768x515.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1-1536x1029.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-1.jpg 1686w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 1. un air d&#8217;accueil, 2013-2015<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza est n\u00e9e en \u00c9quateur et habite en France depuis treize ans, elle appartient \u00e0 ces deux pays, l\u2019un p\u00e9riph\u00e9rique, longtemps colonis\u00e9 et fantasm\u00e9, m\u00e9tis et fier, et l\u2019autre central, orgueilleux et nostalgique, cart\u00e9sien et dominateur ; artiste aux aguets du monde, elle navigue incessamment entre ces deux lieux, physiquement, mentalement, oniriquement, po\u00e9tiquement, artistiquement. Son travail, que je suis depuis sa sortie de l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure des Beaux-arts de Paris en 2006, emprunte des formes diverses, photographie et vid\u00e9o, et aussi performance et installation, mais il fait toujours preuve d\u2019une grande coh\u00e9rence, d\u2019une unit\u00e9 profonde : on peut ais\u00e9ment voir chacune de ses pi\u00e8ces comme un fragment d\u2019un grand \u0153uvre en train de se faire, qui se compl\u00e8te et se raffine \u00e0 chaque fois. Nous avons ensemble pens\u00e9 ce livre, et l\u2019exposition qu\u2019il a accompagn\u00e9e, non pas comme une r\u00e9trospective h\u00e2tive du travail de cette jeune artiste, mais comme un ensemble de fragments liminaires, au seuil de ses promesses futures.<br><br>Le retrait, la protection par l\u2019invisibilit\u00e9 que ces images offrent aux migrants clandestins, nous les retrouvons avec les figures d\u2019anonymes, de sans-grade, de sans-nom, de sans-papiers, photographies dans des quotidiens de personnes qui sont de purs \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor, globalement indiff\u00e9renci\u00e9s et individuellement insignifiants car d\u00e9nu\u00e9s de toute singularit\u00e9, dont elle gomme jour apr\u00e8s jour l\u2019image, la soustrayant \u00e0 l\u2019histoire officielle (sans titre (figurants) <em>[fig. 2]<\/em>). <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"686\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-187\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-2.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-2-300x201.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-2-768x515.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 2. sans titre (figurants), 2009-2014<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Alors que ne subsiste sur la feuille de journal qu\u2019une ombre blanche en lieu et place du figurant, les rognures et d\u00e9bris ainsi obtenus, d\u00e9sormais porteurs des traces de l\u2019image, sont alors pr\u00e9serv\u00e9s dans de petites fioles, des reliquaires, des m\u00e9moriaux du figurant inconnu, r\u00e9ceptacles soigneusement align\u00e9s comme au columbarium, o\u00f9 l\u2019individualit\u00e9 de chacun \u2013 d\u00e9sormais sinon nomm\u00e9, en tout cas num\u00e9rot\u00e9 \u2013 devient un objet de m\u00e9moire. Le figurant d\u00e8s lors figure, il gagne une singularit\u00e9 et une signifiance, il cesse d\u2019\u00eatre un acteur anonyme pour devenir une figuration po\u00e9tique et m\u00e9taphorique du peuple<sup>2<\/sup>. Ces occultations, ces retraits, sont des constructions de l\u2019invisible, des dessins d\u2019absence. Dessin d\u2019absence aussi que ce grand mur tout blanc, devant lequel, la premi\u00e8re fois que je l\u2019ai vu, je n\u2019ai rien vu (mirage(s) 2. ligne imaginaire (\u00e9quateur) : quand on vient d\u2019un pays qui porte le nom d\u2019un concept, av\u00e9r\u00e9 mais sans r\u00e9alit\u00e9 tangible, comment peut on rendre visible cet invisible, comment peut-on inviter le spectateur \u00e0 entrer dans ce pi\u00e8ge de la perception, dans cet espace \u00e9troit, inframince, entre imaginaire et image, entre latent et manifeste ? Ce n\u2019est qu\u2019une longue trace de gomme blanche sur un mur blanc, mais elle suffit \u00e0 faire surgir des signes l\u00e0 o\u00f9 on ne les attendait pas, \u00e0 construire une impossibilit\u00e9 de voir qui vient questionner le statut de l\u2019image m\u00eame. \u00ab Se souvenir pour oublier, gommer pour retracer<sup>3<\/sup>. \u00bb D\u00e9j\u00e0 au d\u00e9but de sa carri\u00e8re artistique, il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza enfermait des objets dans de la cire pour les retirer du monde, les dissimuler au regard, les r\u00e9duire \u00e0 l\u2019\u00e9tat de souvenir, de concept, voire m\u00eame de \u00ab bruit secret&nbsp;\u00bb (cf. l\u2019oeuvre collection de secrets <em>[fig. 3]<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"714\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-1024x714.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-188\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-1024x714.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-300x209.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-768x535.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-1536x1071.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-3-2048x1428.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 3. collection de secrets, 2001-2002<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><br>Ce travail de disparition et de r\u00e9surgence se manifeste aussi dans l\u2019effacement du Verbe, dans la suppression programm\u00e9e de la parole, ou plut\u00f4t dans son d\u00e9placement vers un lieu autre. Elle le fait avec le texte sacr\u00e9 de son pays, la Constitution, ou plut\u00f4t les dix-huit constitutions qu\u2019a connues l\u2019\u00c9quateur de 1830 \u00e0 1998 \u2013 tentatives incessantes de se d\u00e9finir \u2013 qu\u2019elle lit en public, mais \u00e0 l\u2019envers comme compte \u00e0 rebours<sup>4<\/sup> cr\u00e9ant ainsi un espace oral des plus \u00e9tranges, \u00e0 la fois incompr\u00e9hensible et familier, entre majest\u00e9 r\u00e9publicaine et diversion populaire. Elle l\u2019accomplit surtout avec un livre essentiel et r\u00e9v\u00e9lateur pour ses compatriotes, Ecuador d\u2019Henri Michaux, r\u00e9cit du voyage initiatique du jeune auteur de trente ans dans les Andes (en 1928), qui constitue la mati\u00e8re premi\u00e8re de plusieurs de ses pi\u00e8ces, en en faisant dispara\u00eetre la trace au fil de son stylo effaceur magique (pr\u00e9face \u00e0 une cartographie d\u2019un pays imagin\u00e9 <em>[fig. 4]<\/em>) : cette d\u00e9s-\u00e9criture constitue, pour le lecteur \/ spectateur d\u00e9sorient\u00e9, tentant vainement d\u2019attraper le texte, de le saisir au vif, un spectacle poignant, presque insupportable, la frustration de ne pouvoir lire, d\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vanouissement des mots, d\u2019\u00eatre contraint par cette \u00e9chapp\u00e9e du sens d\u2019aller au-del\u00e0 du visible. \u00c0 l\u2019inverse, ce peuvent \u00eatre ses doigts tach\u00e9s d\u2019encre qui, s\u2019imprimant sur une page de ce m\u00eame livre, la caressant, l\u2019oignant, y font r\u00e9appara\u00eetre les mots imprim\u00e9s (cartographies 1. la crise de la dimension). Ailleurs, c\u2019est un po\u00e8me, Chambre d\u2019h\u00f4tel, qui est devenu instable et invisible, \u00e9crit au pochoir avec du charbon et de la poudre non fix\u00e9s sur le papier : le vent mauvais le dispersera peut-\u00eatre, comme fut disperse il y a soixante-cinq ans le peuple du po\u00e8te, le Palestinien Mahmoud Darwich \u2013 \u00e0 moins qu\u2019un jour la conjonction de la poudre et d\u2019une flamme ne fasse tout exploser (d\u00e9claration de flamme). Ou bien ce sont des plaques de verre noircies \u00e0 la suie qui occultent des pages de livres, n\u2019y laissant appara\u00eetre que quelques phrases \u00e9nigmatiques dont on s\u2019efforce de reconstituer le sens, \u00e0 la fois pr\u00e9sent et absent<sup>5<\/sup> (sous rature).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-190\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-4-1-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 4. pr\u00e9face \u00e0 une cartographie d&#8217;un pays imagin\u00e9, 2008.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette dialectique de la disparition, ou en tout cas de sa possibilit\u00e9, se retrouve dans toute son oeuvre. Des mots inscrits au pochoir par la seule empreinte de ses dermatoglyphes sur des vitres ou des miroirs, qu\u2019on ne peut voir que sous un certain \u00e9clairage, en plissant les yeux ou en soufflant dessus, disent l\u2019histoire secrete des lieux (mirage(s) 3. Arm\u00e9nie ), ou du monde (\u00e9piphanie).Des images projet\u00e9es sur des \u00e9crans phosphorescents qui y survivent quelques instants comme des fant\u00f4mes, montrent une r\u00e9alit\u00e9 occult\u00e9e, laiss\u00e9e pour compte, oubli\u00e9e (no vacancy ou les villes invisibles 3. l\u2019\u00e9tincelle (Vincennes 2008) <em>[fig. 5]<\/em>). Une photographie rendue invisible par une lumi\u00e8re trop forte est une des images insoutenables prises par un Sonderkommando de Birkenau (fiat lux  <em>[fig. 6]<\/em>), seule trace photographique de la r\u00e9alit\u00e9 des camps, \u00e0 laquelle certains auraient voulu d\u00e9nier le droit d\u2019exister<sup>6<\/sup>. Des clich\u00e9s d\u2019immeubles incendi\u00e9s expos\u00e9s sous une lumi\u00e8re rouge emp\u00eachant d\u2019y distinguer le moindre d\u00e9tail, se referent aux \u00e9meutes des ghettos de banlieue de 2005 \u00e0 aujourd\u2019hui (cherchant une lumi\u00e8re garde une fum\u00e9e). Et \u00e0 chaque fois, il s\u2019agit d\u2019oubli et de m\u00e9moire, de refus de voir et d\u2019histoire refoul\u00e9e, de visions impossibles et de luttes de persistence m\u00e9morielle : face \u00e0 la disparition de l\u2019Histoire, comment peut-on encore la r\u00e9v\u00e9ler, comme image et comme v\u00e9rit\u00e9 ? Sa pi\u00e8ce la plus frappante dans ce registre est sans doute angelus novus  <em>[fig. 7]<\/em>o\u00f9, sur des feuilles de papier \u00e9pingl\u00e9es sur une tenture noire, une main \u00e9crit et efface inlassablement \u00ab l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te, l\u2019Histoire se r\u00e9p\u00e8te, les histoires se r\u00e9p\u00e8tent, les Histoires se r\u00e9p\u00e8tent \u00bb : l\u2019ange de Klee et de Benjamin<sup>7<\/sup>, ange de l\u2019Histoire tourn\u00e9 vers la catastrophe pass\u00e9e et pouss\u00e9 \u00e0 reculons vers l\u2019avenir, pr\u00e9side ici \u00e0 la confusion entre histoire et Histoire, et \u00e0 leur combinaison r\u00e9p\u00e9titive. Car le travail d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza est fortement ancr\u00e9 dans l\u2019Histoire, et, partant, dans le politique. On y trouve le reflet de notre monde, du g\u00e9nocide arm\u00e9nien \u00e0 celui des Juifs, des Conquistadors (une certaine id\u00e9e du paradis 1. este oro comemos (d\u2019apr\u00e8s Guam\u00e1n Poma de Ayala) \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie (d\u2019un regard l\u2019autre (hasta ma\u00f1ana Rebeca, espero que t\u00fa no vas a olvidar) en passant par la Commune (les villes invisibles 1. l\u2019attente (Paris 1871)), de notre soci\u00e9t\u00e9 globalis\u00e9e d\u2019apartheid social et du tout r\u00e9pressif aux r\u00e9volt\u00e9s en tout genre (vent d\u2019Est ), des anonymes du Nord aux clandestins du Sud, mais ce n\u2019est \u00e9videmment jamais une transcription litt\u00e9rale pamphl\u00e9taire, mais au contraire une \u00e9vocation que je qualifierais de po\u00e9tique, communiquant sur un autre plan ce que le langage rationnel seul ne saurait exprimer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"723\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-1024x723.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-191\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-1024x723.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-300x212.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-768x542.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-1536x1084.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-5-2048x1446.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 5. les villes invisibles 3. l\u2019\u00e9tincelle (Vincennes 2008), 2008.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"751\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-6.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-192\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-6.jpg 1000w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-6-300x225.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-6-768x577.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 6. fiat lux, 2004.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-193\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7-300x225.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7-768x576.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-7.jpg 2047w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 7. angelus novus, 2004.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><br>Confront\u00e9 \u00e0 cette Histoire en lambeaux, le travail d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza n\u2019est pas de destruction, mais bien plut\u00f4t de d\u00e9placement, de transfert dans un nouveau territoire o\u00f9 le vestige de l\u2019image ainsi d\u00e9construite pourra subsister autrement : les r\u00e9sidus du gommage des figurants sont sauvegard\u00e9s dans des urnes m\u00e9morielles, l\u2019esprit des lieux subsiste dans des inscriptions fugaces sur vitres ou feuilles d\u2019arbres, le son est conserv\u00e9, retranscrit dans la gravure d\u2019un sonagramme sur des livres recouverts de cire (sismographies 3. entrenerfs), le socle d\u2019une ancienne guillotine subsistant encore aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019insu de tous dans une rue de Paris est pr\u00e9serv\u00e9 par un moulage qui, peu \u00e0 peu, s\u2019effrite et se d\u00e9lite (pr\u00e9sent, imparfait). De la m\u00eame mani\u00e8re, le texte d\u2019un humble chroniqueur de l\u2019histoire d\u2019un village occitan se trouve retranscrit aux murs du manoir local (la fin de la mine (d\u2019apr\u00e8s Ren\u00e9 Gayraud  <em>[fig. 8]<\/em>), et un r\u00e9cit argentin d\u2019Eduardo Galeano, apr\u00e8s traduction de l\u2019espagnol en anglais puis de l\u2019anglais en hindi, est r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 graphiquement sous forme d\u2019une bande dessin\u00e9e traditionnelle par des artisans indiens (las palabras andantes (fumure)) : au fil des d\u00e9placements, l\u2019histoire, l\u2019Histoire se conserve et se transpose. Lors d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente exposition au Cr\u00e9dac, centre d\u2019art install\u00e9 dans une ancienne usine d\u2019Ivry-sur-Seine, cr\u00e9ant comme souvent des pi\u00e8ces li\u00e9es au lieu o\u00f9 elles sont pr\u00e9sent\u00e9es, elle a tire des empreintes de la \u00ab peau \u00bb du sol de l\u2019usine : celles-ci constituent un palimpseste double-face, vestige de l\u2019activit\u00e9 pass\u00e9e de ce lieu et signe de sa vie pr\u00e9sente, passage entre ces deux temporalit\u00e9s (l\u2019espace \u00e9pisodique). L\u2019artiste nous dessine ainsi une nouvelle cartographie du monde, reliant des lieux charg\u00e9s de sens : ses oeuvres sont toujours ou presque inscrites dans un lieu pr\u00e9cis, g\u00e9ographique, territorial, tel pays, tel village ; et, bien s\u00fbr, les lignes, de l\u2019horizon, de l\u2019\u00e9quateur\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"679\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-8-1024x679.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-202\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-8-1024x679.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-8-300x199.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-8-768x509.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-8.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 8. la fin de la mine (d&#8217;apr\u00e8s Ren\u00e9 Gayraud), 2007.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Parfois le lieu se fait plus pr\u00e9gnant, ainsi quand il s\u2019agit du Centre de retention administrative de Vincennes, lieu d\u2019exclusion jamais montr\u00e9, o\u00f9 des \u00e9trangers en situation irr\u00e9guli\u00e8re, comme on dit, sont d\u00e9tenus avant leur expulsion, ce contre quoi, parfois, ils se r\u00e9voltent en d\u00e9truisant leur prison par le feu, et alors les images fant\u00f4mes d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza subsistent quelques instants encore sur l\u2019\u00e9cran phosphorescent o\u00f9 elles sont projet\u00e9es, comme pour maintenir en vie, encore un bref moment, cet espoir qui va in\u00e9luctablement dispara\u00eetre (les villes invisibles 3. l\u2019\u00e9tincelle (Vincennes 2008)) ; ou bien, quand, autre h\u00e9t\u00e9rotopie8, dans un ancien fort militaire dominant la ville de Grenoble, lieu de d\u00e9fense et de contr\u00f4le, fait pour surveiller et punir9, elle r\u00e9alise une installation vid\u00e9o o\u00f9 le texte de Foucault, transcrit en braille, est \u00ab lu \u00bb silencieusement par les doigts d\u2019un aveugle, avec seulement le son du frottement de ses doigts sur le papier et son souffle, soulignant une tension renouvel\u00e9e entre la n\u00e9cessit\u00e9 de voir et son impossibilit\u00e9 (il n\u2019y a l\u00e0 aucun lieu qui ne te voie). Telle exposition d\u2019elle outre- Atlantique (\u00ab en valija \u00bb, Cuenca, 2013) a tenu dans une valise, car compos\u00e9e d\u2019oeuvres l\u00e9g\u00e8res en poids mais denses en pens\u00e9e. Dans telle autre (\u00ab Le Monde Physique \u00bb, exposition collective \u00e0 La Galerie, Noisy-le-Sec, 2011), elle a diss\u00e9min\u00e9 des <em>pri\u00e8res d\u2019ins\u00e9rer<\/em> <em>[fig. 9]<\/em> dans les livres d\u2019une biblioth\u00e8que, petites fiches de carton portant des citations sur le voyage et le d\u00e9placement, qu\u2019un lecteur ordinaire d\u00e9couvrira un jour, surpris, et qu\u2019il replacera dans un autre volume, ou bien qui resteront pour toujours dans un livre oubli\u00e9 de tous.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-194\" srcset=\"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-300x200.jpg 300w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-768x512.jpg 768w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/cuenta-regresiva.art\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lenot-fig-9-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">fig 9. pri\u00e8re d&#8217;ins\u00e9rer, 2011.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Travaillant sans grandiloquence, avec des moyens d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment modestes, l\u2019artiste parvient ainsi sans cesse \u00e0 d\u00e9placer les points de vue, \u00e0 d\u00e9jouer les representations convenues, \u00e0 \u00e9bahir et faire basculer les esprits et les regards, \u00e0 destabilizer le rapport que le spectateur croit entretenir avec l\u2019image ; la sobri\u00e9t\u00e9 de ses moyens renforce la dimension percutante de son propos. Plut\u00f4t que montrer des images, elle r\u00e9v\u00e8le les signes, elle questionne les repr\u00e9sentations, elle interroge les m\u00e9moires, elle fait surgir les s\u00e9diments de l\u2019Histoire, elle b\u00e2tit ce qu\u2019on pourrait nommer une ph\u00e9nom\u00e9nologie du visible. Ma vision en est transform\u00e9e, chamboul\u00e9e : le visible m\u2019appara\u00eet, mais le r\u00e9el me reste invisible, insaisissable. Ne suis-je pas justement dans une caverne, face aux ombres-mirages ?<br><br>Lisbonne, le 3 avril 2015<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-plain has-small-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Marc Lenot (1948, Saint-\u00c9tienne), apr\u00e8s des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00c9cole polytechnique et au MIT (MA, USA), a travaill\u00e9 comme \u00e9conomiste et consultant en strat\u00e9gie et en recrutement, avant de se r\u00e9inventer en critique d\u2019art \u00e0 partir de 2005. Il est depuis dix ans l\u2019auteur du blog de r\u00e9f\u00e9rence sur l\u2019art contemporain Lunettes Rouges publi\u00e9 par le journal Le Monde (http:\/\/lunettesrouges.blog.lemonde.fr\/). Il a par ailleurs obtenu en 2009 un Master \u00e0 l\u2019EHESS avec un m\u00e9moire sur le photographe tch\u00e8que Miroslav Tich\u00fd, et termine actuellement la redaction d\u2019une th\u00e8se sur la photographie exp\u00e9rimentale contemporaine sous la direction de Michel Poivert \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne. Il a \u00e9t\u00e9 le premier membre \u00ab non papier \u00bb de l\u2019AICA en France, et c\u2019est avec sa pr\u00e9sentation orale du travail d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza qu\u2019il a remport\u00e9 le prix AICA France, d\u00e9cern\u00e9 par un jury international de l\u2019Association Internationale des Critiques d\u2019Art en mars 2014 lors d\u2019une competition avec neuf autres critiques d\u2019art fran\u00e7ais. Il vit entre Lisbonne et Paris.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Notes:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Quelques autres vid\u00e9os proviennent de la fronti\u00e8re entre Isra\u00ebl et la Palestine.<\/li>\n\n\n\n<li>Voir sur ce sujet Georges Didi-Huberman, Peuples expos\u00e9s, peuples figurants, Paris, Minuit, 2012.<\/li>\n\n\n\n<li>Titre de l\u2019article de Sophie Rosemont dans la revue Mouvement (juin 2008) sur l\u2019exposition d\u2019Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza \u00e0 la galerie Paul Fr\u00e8ches (Paris).<\/li>\n\n\n\n<li>En ligne \u00e0 www.cuenta-regresiva.net.<\/li>\n\n\n\n<li>Le titre \u00e9voque bien s\u00fbr ce concept de Heidegger, repris par Derrida, sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une d\u00e9finition autrement que par cette dualit\u00e9 ambigu\u00eb du pr\u00e9sent-absent.<\/li>\n\n\n\n<li>Voir la pol\u00e9mique entre Georges Didi-Huberman et les amis de Claude Lanzmann dans G. Didi-Huberman, Images malgr\u00e9 tout, Paris, Minuit, 2004.<\/li>\n\n\n\n<li>Walter Benjamin, Th\u00e8ses sur la philosophie de l\u2019Histoire, Paris, Deno\u00ebl, 1971.<\/li>\n\n\n\n<li>Michel Foucault, Les H\u00e9t\u00e9rotopies. Le Corps utopique [1967], Paris, Lignes, 2009.<\/li>\n\n\n\n<li>Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, coll. Tel, 1975.<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Marc Lenot Article publi\u00e9 dans la monographie fragments liminaires : Estefan\u00eda Pe\u00f1afiel Loaiza (Les Presses du r\u00e9el, 2015), reproduit ici avec la permission de l\u2019auteur. Le livre peut \u00eatre command\u00e9 aupr\u00e8s de l\u2019\u00e9diteur en suivant ce lien. J\u2019\u00e9cris ce texte dans une maison que j\u2019habite depuis peu, \u00e0 laquelle je m\u2019acclimate, et dont ma [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-162","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autres-textes"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"en","enabled_languages":["fr","es","en"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"es":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"en":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=162"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":204,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162\/revisions\/204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=162"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=162"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cuenta-regresiva.art\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=162"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}